02.07.2009

L’été à la bibliothèque, ou les joies de la transpiration

 

bib_erz_03.jpgIl fait chaud comme dans un four et la bibliothèque est devenue un sauna. Mais attention, pas le genre sexy où les filles ouvrent légèrement leur chemisier et s’éventent de la main, murmurant “olala qu’il fait chaud”, tandis que les garçons passent langoureusement la main dans leur lourde crinière, tout en exhibant leurs bras bronzés en marcel moulant. Rien à voir. Ici, chacun sue sur ses livres, et les pages sont marquées par des milliers de traces de doigts, humides et grasses. Les cours dureront jusqu’à mi-juillet. Les examens se poursuivent jusqu’en août. 

Une fontaine inutile s’active au milieu de la bibliothèque, mais rien ne rafraîchit cette atmosphère dense et pesante. L’odeur surtout est insoutenable. Les fenêtres ont beau être grandes ouvertes, les molécules de transpiration s’imprègnent dans les rayons de livres, dans les murs, dans les habits. Mes narines se tapissent d’une couche de ce parfum de l’effort si prenant. Presque autant que l’odeur de la cigarette : envahissante, asphyxiante. 

Activé par l’exaspération ainsi que par le manque de concentration, mon cerveau est envahi par les Grandes Questions Existentielles :

- A quoi m’a servi cette année erasmus sur le plan personnel? Suis-je cette grande indépendante débrouillarde qui n’a plus peur de l’avenir que je m’étais promis de devenir?

- Pourquoi lire Bourdieu traduit en allemand? Pourquoi la version originale en français est-elle signalée comme “perdue”?

- Pourquoi pas d’appart à Genève? Pourquoi la crise économique? Pourquoi le chômage à la fin des études en lettres?

- Pourquoi ce grand frisé (de sous les aisselles) s’est-il assis juste à côté en levant les bras au plafond toutes les cinq minutes, sous prétexte d’étirements relaxants?

Ma bouteille d’eau est désespérément vide. C’est la fin. Telle la limace, je vais me laisser glisser jusqu’à la sortie pour aller larver dans le premier café du coin (situé à l’intérieur de l’uni, le café. Pas assez courageuse pour ramper jusqu’au Grand Extérieur. Pour réviser ses classiques sur les cafés indépendants de la Freie Uni, voire la chronique Starbucks alterno au sein de l’université). Ca donne soif de transpirer.

 

27.03.2009

L‘université, Jésus et les Chinois

 

IMGP1142.JPGLes cours à la Freie Uni reprennent mi-avril, mais l‘université est toujours très fréquentée: c‘est pendant la pause académique que la majorité des étudiants préparent leur Hausarbeit (recherche à la maison). La grande cafétéria (dont la taille englobe la capacité de deux stades de foot, gradins compris) tourne toujours à plein régime. Profitant du beau temps jusqu‘à présent timide (=il pleut à torrents depuis des lustres) pour avancer mes travaux à l‘uni, j‘ai eu l‘honneur de me délecter d‘une bonne purée de Kartoffeln à la sauce au chou ce midi. Mon assiette enfin terminée, je m‘apprêtais à sortir de la caf pour aller directement à la bibliothèque, quand mon oreille fut captée par une musique, qui en ce lieu paraît irréelle... (référence to the happy few)

Six Chinois, dont un accompagnant le groupe à la guitare, chantaient des chants chrétiens avec une ferveur papable. Quelques personnes gravitaient autour du groupe en distribuant, sourire au visage, des flyers intitulés „Love in Jesus Christ“. La femme m‘ayant tendu le papier m‘explique avec un accent chinois ravissant que Jesus est Amour et que le groupe biblique m‘attend tous les vendredi à 19h. Moi qui avait fait l‘impasse sur le dessert (gelée verte non identifiée), j‘étais servie à présent d‘une double ration de nourriture spirituelle. Les chants continuaient de plus belle, entamant Hallelujah de Jeff Buckley, il fallait agir, et vite. Je prend congé de la Chinoise chrétienne en déclarant avoir une séance de bouddhisme tibétain le vendredi soir, trop dommage. 

La prochaine fois, je viens avec mon harmonica pour recruter des membres à mon groupe „qui en a marre de l‘hiver lève le doigt“.