18/09/2009

Nouvelles aventures

 

Photo 78.jpgAmis genevois, lecteurs intergalactiques, mes chers.

L’heure est à la fête. Sortez les briques de lait sans lactose et les crackers au fromage. Après les aventures de Berlin, je me lance dans un nouveau blog sur Genève. Alors, la grande question (qui j’en suis sûre, ne vous laissera pas dormir cette nuit sans une réponse satisfaisante), sera-ce du même niveau (à savoir humour gras et thèmes absurdes) que Berlin Pin Pin? Et bien, a priori non. Je tenterai d’aborder des sujets un tantinet plus sérieux. Genre la crise du logement. Genre je galère pour trouver un appart. Genre ça craint trop les régies à Genève.

Mais vous vous ferez une meilleure idée de la chose en allant faire un tour sur Genève en Brèves. Et vous pourrez ensuite décider si oui ou non, ce nouveau blog sent le réchauffé, autour d’un verre de lait entre amis, en dégustants crackers et petits poissons salés.

Au plaisir,

Marianne

 

28/07/2009

Bye bye Berlin : le bilan

 

valises.jpgAu retour d’un an à l’étranger, on se dit qu’il va se passer quelque chose dans notre for intérieur, genre un grand bouleversement, une soudaine prise de conscience accompagnée de larmes à grand flots. Pourtant, à part un regard nostalgique sur la rue dans laquelle j’ai habité, puis sur le bus, le métro qu’on ne prendra plus jamais, l’aéroport, les champs d’Allemagne vus d’avion, je n’ai rien vécu de tel. Je n’ai d’ailleurs pas encore l’impression d’être arrivée à Genève. Même si j’ai renoué avec le jet d’eau, les boulangeries de Carouge, la Perle du lac et même le Paléo (l’excursion exotique par excellence), je n’ai pas encore atterri, à proprement parler, dans la ville. Il faut dire que la journée de départ fut mouvementée et très chargée. J’amorce le résumé.

1. Rentrée tard la veille, suite à une soirée d’adieu à Friedrichshain qui s’est terminée en une marche forcée, puisque le tram qui nous ramenait a été contraint de s’arrêter : un erasmus français ô-combien-spirituel a trouvé amusant de provoquer trois grands supporters de foot allemands en leur faisant des doigts d’honneur depuis l’extérieur du tram, geste délicat qui a déclenché la fureur des trois colosses. Ni une, ni deux, ces derniers défoncent la vitre avec leurs pieds et sautent hors du tram pour courser l’imbécile. Dieu ait son âme. Je m’efforce de ne pas faire entendre mon accent francophone pour ne pas subir les insultes des autres passagers, dégoûtés de faire le chemin à pied, envers ces “französische Schweine”.

2. Jour J, à peine levée, je fais entrer trois Américaines dans ma chambre, venues pour acheter mon matelas, ma literie et tout ce que je n’ai pas pu vendre avant et qui les intéresse. 35 euros plus tard, je m’aperçois que ma valise, malgré la diète que je lui avait imposée, pèse 29 kg. Soit 9 de plus que la limite tolérée par Easyjet. Un dernier aller-retour chez cet ami qui rentre en camionnette à Paris s’impose (la perspective d’un voyage Genève-Paris en TGV spécial récupération de fringues me rebute moins que 110 euros de frais de bagages en soute). 

3. Nous (la giga valise, une petite valise aux proportions idéales de bagage de cabine, mon sac à main et moi-même) descendons les 5 étages sans ascenseur tant bien que mal. Ayant revêtu un pull et deux vestes pour gagner de la place, je suis en sueur dès le 4ème étage. Je rappelle que le thermomètre affichait 30° jeudi dernier à Berlin. L’expérience concourt au top 3 des plaisirs en catégorie déménagement.

4. A l’aéroport, surprise du chef, ma valise affiche 22 kg. La loi s’est durcie, aucune exception n’est plus tolérée, tous les passagers passent à la caisse. 36 euros, voilà le prix de mes 2 kg en trop (les kilos de ma valise, entendez bien). 

5. A bord de l’appareil, le chef de cabine avertit les passager que l’avion traversera une zone de fortes turbulences environ 40 minutes avant l’arrivée sur Genève. Soit la moitié de vol, youkaïdi. Je révise mon “brace, brace” plus que jamais (c-à-d je jette un vague coup d’oeil sur le prospectus de sauvetage et repère l’emplacement du sac à vomi). Et effectivement, l’atmosphère orageuse aidant, nous voilà ballottés de haut en bas tels les passagers malheureux d’un vol low cost (que nous sommes).

6. Genève. Arrivée. Il pleut. Hallo, hallöchen, hallo.

Voilà. J’imagine que je remarquerai au fil du temps les changements réputés majeurs qu’a apporté cette année erasmus à ma personnalité. Mis à part le réflexe de l’”Entschuldigung” après une bousculade, je n’ai pas le sentiment d’avoir muté en étudiante battante et top épanouie grâce à cette année en Allemagne. 

Le fin mot de ce séjour est le suivant: des hauts surtout, des bas parfois, mais ici ou là, on se retrouve partout. Citation bientôt culte à graver sur le mur de vos toilettes.

Je vous invite à suivre mes prochaines chroniques genevoises dès la rentrée prochaine sur le site de la Tribune. En attendant, vous pouvez retrouver toutes mes chroniques de 2008 et 2009 sur Les pages de Marianne.

En vous souhaitant un été des plus agréables, je vous remercie, chers lecteurs, chers Genevois, chers visiteurs égarés, d’avoir suivi Berlin Pin Pin.

Marlène, alias Marianne Grosjean

22/07/2009

Les derniers préparatifs

 

Valise2-f8354.gifVoilà, ma valise est bouclée, je pars demain de Berlin. Evidemment, ce départ ne se résume pas en une phrase, ç’aurait été trop parfait. Le bouclement de la valise n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des préparatifs (et encore faut-il qu’elle soit bouclée, après une année de virées shopping). Voici le résumé, étape par étape:

1. Fermer son compte en banque. Fini la Deutsche Bank, la Sparkasse ou la Postbank. Cette étape nécessite parfois plusieurs essais avant d’être réalisée avec succès. Par exemple, j’ai appris par la grande succursale de la DB de mon quartier, que seule la banque où l’on a ouvert son compte peut nous le fermer. Après avoir fait un détour à l’autre bout de la ville, je comprend soudainement le pourquoi du comment: l’employé, après m’avoir fait signer un document attestant que je fermais mon compte, découpe ma carte avec de grands ciseaux. Tout s’éclaire: il n’existe qu’une paire de ciseaux par client, gardée dans la succursale initiale pour le jour du fermement de compte.

2. Finir de faire signer ses papiers d’équivalences académiques si ça n’est pas encore fait. Prévoir quelques heures d’attente, quelques surprises de dernière minute (-Ah, c’est trop bête, votre responsable académique n’est plus à la faculté...)

3. Se débarrasser de ses fringues en trop. Et oui. Ca fait mal au coeur, mais le règlement des bagages en soute Easyjet oblige, l’erasmus doit faire tenir sa chambre dans une valise de 20 kg. C’est l’occasion de laisser filer les habits que l’on ne met presque jamais à la Croix Rouge. 

4. Vendre ses meubles ikea. Ben oui, tout se revend ici. Sur e-bay, craigslist ou divers site de kleine Anzeigen, on voit fleurir l’offre et la demande en assez bonne harmonie. On fait des prix cassés puisqu’on s’en va, et les étagères, lampes, matelas, literie, décorations, table et chaises trouvent facilement preneurs.

5. Prendre congé de Berlin. Adieu chambres à 200 euros, coiffeur à 10 euros, cocktails à 3.50. Adieu vie culturelle de folie. Adieu métros toute la nuit. Adieu la bière et les saucisses. Adieu les punks. Auf Wiedersehen, Deutsche.

6. Prendre congé de ses amis (dernière étape qui se repousse au plus tard possible).

Voilà. Je pars demain. Je rentre à Genf, l’austère cité de Calvin le Réformateur barbu. Tentons pour l’heure de gérer la tristesse débordant de mon coeur telle la chaussette de ma valise. 

 

18/07/2009

Quiche ou pull over?

 

IMGP1337.JPGQu’on se le dise, la bouffe à Berlin, c’est pas cher et il y en a à profusion, mais les Kebabs et les belegte Brötchen, on en fait vite le tour. Pour ceux qui ont chopé l’indigestion de la restauration rapide, voilà une adresse où reposer son foie et son esprit : “Mezzo, coffee and more” (un nom peu sexy, il faut l’admettre) au bout de l’impasse de la rue “Am Westend Bahnhof” (coincé entre les bâtiments de l’entreprise Parexel). C’est un endroit où l’on mange, où l’on fait son shopping et où l’on lit des livres. 

Ce lieu multi-fonctions propose un choix de plats français, de la ratatouille maison à la quiche lorraine, en passant par le taboulé accompagné de tapenade et la salade au roquefort et noix. Les prix, variant entre 4 et 7 euros par plats (montant dérisoire aux yeux d’un Genevois, mais tout de même deux fois plus élevé que celui d’un resto modeste berlinois) valent largement la qualité de la cuisine. 

L’ambiance est cosy, on est assis sur des bancs de bois clairs recouverts de coussins, avec une vue sur des étagères de livres, un coin où sont suspendus des vêtements d’occasion, et le guichet où trônent chacune sous leur cloche de verre, d’innombrables sortes de petits gâteaux.

Un endroit plein de ressources, qui me transporte vers la douce félicité des vacances enfin arrivées pour les étudiants allemands.

 

16/07/2009

La sensuelle méthode Pilates d’Olga

 

PilatesMatControlBalance.JPGJe me rendais mardi soir à mon dernier cours de gym Pilates du semestre. J’avais vaguement retenu à la séance précédente que notre prof de sport habituelle serait remplacée par quelqu’un d’autre. Mais voilà, je ne m’étais pas attendu à ... Olga, l’espagnole survoltée. Olga, débordante d’enthousiasme malgré la maigre assemblée que nous formons (sur les 25 participantes, seules 3 étaient venues), nous prépare un programme de musculation corsé. 

Mélangeant l’anglais, l’allemand et le français dans ses instructions, elle nous encourage par des “very nice, people, popo down jetzt, plié, up und runter!”. Puis nous sommes amenées à “enjoy” l’exercice, à le ressentir spirituellement, à le savourer. J’ai pour ma part quelques difficultés à apprécier un mouvement qui exige de mes abdominaux une tension un peu plus intense qu’un simple rentrage de ventre pour boutonner un pantalon trop petit. Remarquant ma grimace, Olga se précipite sur mes épaules qu’elle caresse en me murmurant un “chuuuuut... relax... enjoy...” dans l’oreille, qui aurait eu pour effet certain de stimuler hautement la motivation d’un garçon pré-pubère mal averti.

Croyant en fin du cours que mes muscles allaient enfin pouvoir se relâcher et que ma sphère d’espace personnel allait pouvoir regagner une taille minimum, je roule avec empressement mon tapis de gym. Mais Olga nous prépare une dernière surprise d’épanouissement corporel collectif: sur une musique de détente (où le bruit des vagues se mêle au chant d’une discrète soprano), nous fermons les yeux et marchons dans l’espace dans le but de nous trouver et de nous coller les unes aux autres. Nous trois penaudes participantes, enfin accolées, devons maintenant faire vivre le mouvement de la musique par nos corps. Par un timide balancement en cercle de nos masses corporelles réunies, nous tentons d’interpréter ce qu’il y a à interpréter: notre soudaine complicité dans la fatigue musculaire ressentie et notre furieuse envie de rire refoulée.

La question qui me taraude en ce moment n’est pas de savoir si nous avons fait un cours de théâtre-pilates-organique-expérimental en lieu et place de notre cours habituel (s’approchant plus de la gym que de l’expansion des sens en groupe), mais, dans la possibilité où un quidam aurait filmé la scène, de savoir quel aurait été l’intitulé du spectacle sur YouTube. 

 

14/07/2009

Le Müggelsee, naturisme ou détritus

 

Lage_Mueggelsee_in_Berlin2.pngPetite virée entre erasmus dimanche dernier au Müggelsee, un lac situé tout à l’est de Berlin, accessible en S-bahn en une heure et quart depuis le centre-ville. Nous y étant déjà rendu le week-end dernier, nous nous attendions à retrouver la plage de sable, l’espace de baignade, les terrains de volley, et tout ça gratuitement (le Strandbad Müggelsee est une des rares plages aménagées de Berlin dont l’entrée est libre). Malheur à nous, l’espace était occupé ce dimanche par une horde de joyeux lurons à mégaphone. Puisqu’une compétition (sûrement une course en sacs) se déroulait sur la plage, les baigneurs se voyaient recalés à l’entrée.
Nous nous sommes donc acheminés le long des arbres bordant la plage, avant d’entrevoir quelques clairières sauvages où des baigneurs s’étaient installés. Nous nous précipitons en hâte vers le lieu, avant d’être freinés dans notre course par une considération plus attentive  des autochtones:

Euh, c’est Efcaca ici?

Bah, apparemment, hum, qu’est-ce qu’on fait?

Sachant que l’appellation FKK signifie Freie Körper Kultur (c’est à dire naturisme), nous avisons les environs, le regard soudain pudibond. Cà et là, des promeneurs en tenue d’Adam munis de sandalettes parcourent les clairières, se baignent entre les roseaux et bronzent allongés sur le dos, tout organe au vent. 

Nous continuons notre promenade le regard captivé par les baies des bois, les feuilles des buissons et la forme des nuages. Après une petite marche, nous arrivons à une plage désertée que nous colonisons bien vite. Malheureusement pour nous, le sable recèle mégots, bouts de verre, et autres détritus sympathiques. 

Vu la propreté des bords d’eau sauvages, mieux vaut miser sur les plages aménagées, moins secrètes, mais exemptes de blesse-pieds en tout genre. 

 

08/07/2009

Un taxi-vélo comme moyen de transport mythique

IMGP1311.JPGCa faisait des semaines que je l’attendais, cette représentation en juillet de la flûte enchantée au Staatsoper. Des collègues avaient déjà vu la première en décembre et en étaient revenus absolument renversés, sous le charme de la Reine de la nuit et avaient troqué leur CD de M. Jackson contre ceux de W. Mozart. C’est donc pleine d’impatience que j’ai gravi les marches de l’opéra une heure avant l’ouverture de la caisse du soir, pour profiter des Restkarten (dernières places accordées à un tarif réduit pour les chômeurs, étudiants etc...). Malheureusement, je n’étais pas la seule à me réjouir, une centaine de jeunes me précédaient. Peine perdue, il ne restait que peu de places libres d’après le site internet.
Je sombrais presque dans les abysses de la frustration musicale, lorsque l’apparition d’un étrange véhicule attira soudainement mon attention. Mais quel était ce vélo équipé d’une remorque recouverte de plastique dur? Un pousse-pousse du futur, ni plus ni moins. Jamais auparavant je n’avais remarqué ces remorques à touristes. Et voilà que dans un moment de perdition, ce char divin était descendu des cieux, conduit par un soldat romain en armure scintillante (alias un jeune allemand à la peau tannée par le soleil et suant sous la chaleur en T-shirt blanc). J’ai dit au Romain : “emmène-moi par delà les cimes, les montagnes et les nuées, que je parcoure la ville céleste des Dieux qui t’envoient!” ce à quoi il répondit “monte et accroche toi bien, envoyée spéciale helvétique, les ailes de mes chevaux sont vives et leurs pieds rapides!” (le dialogue réel ressemblait plus à “c’est combien jusqu’à Potsdamer Platz?” et “c’est 11 euros pour deux”).
Le taxi-vélo en marche, j’eus tout le loisir d’admirer le trafic bloqué par l’heure de pointe, confortablement installée sur la banquette rembourrée de la remorque. Tantôt sur la route, tantôt sur le trottoir, le soldat romain pédalait à sa guise et à son aise, puisque le vélo était électrique. Claudius Maximus avertissait les passants de notre arrivée avec un petit klaxon en plastique, qui couinait gentiment “attention, char en déplacement”. J’appris qu’il louait son vélo 12 euros par jour à une entreprise, mais que ce qu’il gagnait avec les courses lui revenait entièrement. 20 minutes plus tard, le conducteur du char me laissait au milieu du Sony Center. Ce fut la fin du mythe. Et le début de l’Histoire commença, avec le film hautement métaphysique de l’Age de glace 3.

02/07/2009

L’été à la bibliothèque, ou les joies de la transpiration

 

bib_erz_03.jpgIl fait chaud comme dans un four et la bibliothèque est devenue un sauna. Mais attention, pas le genre sexy où les filles ouvrent légèrement leur chemisier et s’éventent de la main, murmurant “olala qu’il fait chaud”, tandis que les garçons passent langoureusement la main dans leur lourde crinière, tout en exhibant leurs bras bronzés en marcel moulant. Rien à voir. Ici, chacun sue sur ses livres, et les pages sont marquées par des milliers de traces de doigts, humides et grasses. Les cours dureront jusqu’à mi-juillet. Les examens se poursuivent jusqu’en août. 

Une fontaine inutile s’active au milieu de la bibliothèque, mais rien ne rafraîchit cette atmosphère dense et pesante. L’odeur surtout est insoutenable. Les fenêtres ont beau être grandes ouvertes, les molécules de transpiration s’imprègnent dans les rayons de livres, dans les murs, dans les habits. Mes narines se tapissent d’une couche de ce parfum de l’effort si prenant. Presque autant que l’odeur de la cigarette : envahissante, asphyxiante. 

Activé par l’exaspération ainsi que par le manque de concentration, mon cerveau est envahi par les Grandes Questions Existentielles :

- A quoi m’a servi cette année erasmus sur le plan personnel? Suis-je cette grande indépendante débrouillarde qui n’a plus peur de l’avenir que je m’étais promis de devenir?

- Pourquoi lire Bourdieu traduit en allemand? Pourquoi la version originale en français est-elle signalée comme “perdue”?

- Pourquoi pas d’appart à Genève? Pourquoi la crise économique? Pourquoi le chômage à la fin des études en lettres?

- Pourquoi ce grand frisé (de sous les aisselles) s’est-il assis juste à côté en levant les bras au plafond toutes les cinq minutes, sous prétexte d’étirements relaxants?

Ma bouteille d’eau est désespérément vide. C’est la fin. Telle la limace, je vais me laisser glisser jusqu’à la sortie pour aller larver dans le premier café du coin (situé à l’intérieur de l’uni, le café. Pas assez courageuse pour ramper jusqu’au Grand Extérieur. Pour réviser ses classiques sur les cafés indépendants de la Freie Uni, voire la chronique Starbucks alterno au sein de l’université). Ca donne soif de transpirer.

 

29/06/2009

La surprise gay au réveil et dans toute la ville

 

IMGP1293.JPGOn a beau habiter depuis un an à Berlin, on sera toujours surpris par les événements. Samedi après-midi, sortant acheter des timbres et un petit déjeuner, je m’étonne de l’effervescence qui semble se répandre dans la rue, des gens qui suivent tous une même direction, et des bouteilles de champagne et de bière allongées (car intactes) contre les trottoirs, saupoudrés de flyers et de confettis.

Emportée par la foule et par la curiosité, je me fonds au mouvement. Je n’y passe bien sûr pas inaperçue en robe d’été à fleurs et sandales, puisque la plupart des passants sont montés sur des semelles compensées à talons, le plus souvent fesses émergeant du pantalon de cuir, avec lanière de cuir autour du torse (pour les messieurs) et mamelons piercés (et apparents) avec mini-jupettes et corsage à trous-trous (pour les femmes, et les hommes, en fait).

Mais, la Love Parade, la Gay Pride allemande, devait se passer à Bochum cette année, et a été annulée, me semble-t-il? Que fait donc ce cortège dans la ville, pourquoi les rues sont-elles bloquées de la Kurfürstendamm à la Siegesäule du Tiergarten? Je me posais ces questions en voyant défiler sous mes yeux des chars carnavalesques à la techno musclée. Sur ces derniers, des dizaines de “danseurs” se trémoussent, nus ou presque (un string fendu assorti d’un képi et d’une lanière en cuir, ça compte?), s’aguichant les uns les autres ou faisant de l’oeil aux passants, ne sachant plus où donner de la tête. Quelques femmes aussi s’agitent au sommet des chars, mais leur tenue me fait penser qu’elles sont plus exibo qu’homo. Le contraste est marquant avec les couples de lesbiennes parmi les passants, se tenant par la main, et dont l’autocollant à la chemise (“«Stück für Stück ins Homoglück - Alle Rechte für Alle») est la seule excentricité jugée nécessaire. Plus de fantaisie chez les couples masculins, beaucoup de déguisements du genre Batman et Robin, une horde de marins, des policiers SM, ou simplement des tenues découvertes et moulantes.

Stands de bière, de saucisses-frites, de crêpes et de pâtisseries se tiennent tout autour de la procession, et sont en passe de réaliser leur meilleur chiffre d’affaire de tout l’été. Même les policiers ne sont pas hors de l’ambiance: on en voit qui dansent sur le toit de leur camionnette, au rythme de la musique.

IMGP1291.JPGMais quelle était donc cette manifestation gay, si ce n’était pas la Love Parade? Quelques passants me renseignèrent sur la nature de l’événement : Il s’agissait de la 31ème édition de la Christopher-Street-Day, une commémoration des meurtres des homosexuels par les Nazis. Selon news.de, un discours du nonagénaire Rudolf Brazda (ancien prisonnier de camp de Buchenwald et homosexuel) devait avoir lieu, mais ayant été brutalisé par les remous de la foule, il a été hospitalisé.

Une commémoration festive et décalée par rapport à un sujet sensible et pénible : ça aussi, c’est Berlin.

 

27/06/2009

Michael Jackson, Marcel Proust, et caetera

 

9782070379248.jpgHier, j’ai eu cette envie soudaine de lire quelque chose de beau, de lire un livre hors-cursus académique, quelque chose dont on se souvient, qui émeut et qui marque, et enfin, un livre en français. Je me suis rabattue sur le Swann de Proust, qui à mon grand dam n’avait pas d’étiquette verte sur le flanc (Swann le livre, pas Proust l’auteur, donc). Car l’étiquette verte signifie que l’on peut emprunter le livre chez soi, ce qui est, soit dit en passant, le propre d’une vraie bibliothèque. Mais Swann n’arborait de son côté qu’une étiquette blanche, symbole d’emprisonnement à perpétuité au rayon 6 du deuxième étage de la Philologische Bibliothek (dite “The Brain” en raison de sa forme en cervelet composé). Ce livre n’est consultable qu’intra muros. O joie. Passer son week-end confortablement installé dans le moelleux fauteuil garni de coussins par milliers d’une bibliothèque vide, en écoutant craquer les bûches dans le feu de la cheminée. Je me répète : o joie. 

J’ai donc opté pour le plan B, trouver une librairie française à Berlin où étancher ma soif de littérature. C’est dans la librairie Zadig de la Linienstrasse que j’ai trouvé mon bonheur. Un peu cher, 11 euros pour un livre de poche, mais, m’étant déjà perdue en essayant de trouver la librairie d’occasion située soit disant au coin de la rue, j’ai allongé la monnaie au libraire frisé.

Parfait, m’écrié-je mentalement, mon butin dans la saccoche! Allons de ce pas dévorer ce chef-d’oeuvre avec quelques hors-d’oeuvres et un café. Confortablement installée dans le moelleux fauteuil garni de coussins par milliers d’un café des environs, un panini au gorgonzola fumant devant moi et mon Swann dans les main, je lis. 

Erreur! je ne peux pas me concentrer, car comble de malheur, Michael Jackson est mort. Et son disque “Thriller” passe en boucle dans la salle, à plein tube. Proust aussi est mort, que je sache, et je ne lui rend pas hommage en lisant son livre à haute voix, debout sur un canapé, empêchant les clients d’écouter Michael Jackson sur leur iPod. A chacun ses héros, ne les faisons pas s’entre-piétiner dans l’au-delà, s’il-vous-plaît, transmets-je télépathiquement à la serveuse. 

Bref, la chute de cette épisode est que Proust, ayant une mort moins tapageuse que Michael, a rejoint mes clés et mon porte-feuilles dans mon sac. J’ai donc feuilleté “Glamour” et “Vogue” qui étaient posés sur la table, ce qui a eu pour effet de propulser mon cerveau vers les sommets du contentement aliéné que procurent ces livres d’images pour adultes. Merci Bambi.